Si le nom de Denis Villeneuve parle à la nouvelle génération, c'est certainement pour sa saga futuriste Dune, dont la sortie des deux premiers volets a été un immense succès au box-office et la troisième partie est déjà très attendue (elle sort le 16 décembre au cinéma). Mais le réalisateur québécois avait conquis le public bien avant de se lancer dans l'adaptation de cette grandiose épopée. Certains l'admirent pour Prisoners (2013), d'autres le connaissent grâce à Incendies (2010), Polytechnique (2009) ou Maelström (2000). Depuis plus de 20 ans, le cinéma de Denis Villeneuve fascine autant qu'il impressionne : pour sa capacité à faire se rencontrer réel et fiction, sa noirceur étrangement lumineuse, mais aussi ses choix d'interprètes toujours brillants, en témoignent ses dernières collaborations avec Zendaya et Timothée Chalamet. En 2024, le cinéaste avait par ailleurs été fait chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture, à Paris. Une distinction qui récompense “son immense talent, sa carrière et ses œuvres qui contribuent au rayonnement de talents francophones du cinéma à travers le monde”, avait alors déclaré Rachida Dati sur X (anciennement Twitter). Parmi ces œuvres marquantes, Vogue a retenu 5 films à avoir absolument.
Incendies (2010)
Adaptation d'une pièce de théâtre éponyme écrite par Wajdi Mouawad, le film de Denis Villeneuve capture le destin d'une famille prise dans la guerre civile d'un pays qui n'est jamais nommé, mais dont les déchirements ressemblent à ceux du Liban. À la mort de leur mère, Jeanne et Simon Marwan, deux jumeaux, sont convoqués par son ancienne notaire, qui leur remet deux enveloppes. À l'intérieur de ce testament, sont formulées deux demandes : à elle, de retrouver le père qu'ils pensaient disparu, et à lui, de retrouver le frère dont ils ignoraient l'existence. Simon refuse cette quête des origines, tandis que Jeanne accepte de partir. Dans un grand voyage menaçant sur les terres de ses ancêtres, elle se confronte à différentes histoires : la sienne, celle de sa famille, mais aussi celle que l'on enseigne sur les bancs de l'école. Soit un périple épique, foudroyant. Le film Incendies a reçu plusieurs nominations (aux César, BAFTA et Oscars) et récompenses, dont celles du meilleur film francophone aux Lumières de la presse étrangère 2012 et de la meilleure actrice pour Lubna Azabal aux Magritte du cinéma, qui se sont déroulés la même année.
Prisoners (2013)
Après Incendies, Denis Villeneuve prend la direction de l'Ouest étasunien avec Prisoners, son cinquième long-métrage. Pour la première fois, il s'appuie sur le scénario de quelqu'un d'autre, celui d'Aaron Guzikowski en l'occurence. “En le lisant, la tension et le suspense étaient déjà là, je n’avais pour ainsi dire qu’à suivre le découpage”, confie-t-il à Télérama. Ainsi, il met en scène un fait divers dans l'ambiance si particulière, et si pesante, du Thanksgiving nord-américain. Lorsque deux fillettes disparaissent à l'approche des fêtes, le père de l'une d'entre elles se lance à la poursuite du coupable. Persuadé qu'il s'agit du premier suspect arrêté par les enquêteurs, bien qu'il fut innocenté et relâché, ce monsieur tout le monde en vient à commettre l'impensable. Bien que différents de ses précédentes œuvres, Prisoners contient bon nombre de thèmes chers au cinéaste, tels que le fanatisme, la violence ou la culpabilité. Autre nouveauté pour Denis Villeneuve : le budget accordé au film. Colossal, celui-ci lui permet (ou peut-être lui exige-t-il ?) de faire appel à des comédiens célèbres – ces fameuses têtes d'affiches stars qui attirent le public. Quoiqu'il en soit, le cinéaste est amené à diriger Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal ou encore Viola Davis. Malgré des critiques mitigées, cette première parenthèse hollywoodienne s'avère réussie pour le Québécois, qui renouvellera l'expérience quelques années plus tard.
Enemy (2013)
Tourné juste avant Prisoners, mais sorti plusieurs mois après, Enemy prend également la forme d'un thriller. On y retrouve l'acteur Jake Gyllenhaal dans le rôle d'un professeur d'université en proie à des troubles dépressifs et qui, en regardant un film pour se changer les idées, finit par voir son double en l'acteur principal. De cette rencontre va naître une véritable obsession, celle de retrouver ce mystérieux sosie tout droit venu de son subconsicent. Librement adapté d’un texte de l’écrivain portugais nobellisé José Saramago, publié sous le titre français L'Autre comme moi aux éditions Le Seuil en 2005, ce récit à suspense joue avec nos sentiments et nos perceptions. Une ballade énigmatique, tantôt monstrueuse, tantôt passionnante, dans l'univers de Villeneuve.
Premier Contact (2016)
Avec Premier Contact (ou Arrival en version originale), le réalisateur Denis Villeneuve met un pied dans la science-fiction afin d'explorer les rouages de la communication moderne. On suit le personnage de Louise, une enseignante chercheuse en linguistique qui voit sa vie bouleversée par l'arrivée d'un événement surnaturel : une douzaine de vaisseaux conduits par des extraterrestres se sont déposés aux quatre coins du globe. Tandis que les spéculations quant à la raison de leur venue vont bon train, l'académicienne est sommée d'établir le contact et de décrypter leurs intentions par l'État américain. Malgré la peur et la confusion, la jeune femme va donc se rapprocher de ces créatures tentaculaires surprenantes. Encensé par la critique, française notamment, le long-métrage reçoit pas moins de huit nominations aux Oscars 2017, dont il repart lauréat d'un prix pour le montage sonore réalisé par Sylvain Bellemare.
Dune : Deuxième partie (2024)
C'est le dernier film en date de sa carrière, et pas des moindres. Jugée meilleure que le premier opus, la deuxième partie de Dune suit l'évolution du jeune Paul Atréides, interprété par Timothée Chalamet. Il devient un homme, se dote d'un état d'esprit de chef et apprend à se laisser guider par son amour envers Chani (jouée par une Zendaya décidément de plus en plus convaincante). “Le succès du premier film m'a permis de concevoir la deuxième partie avec élan. Comme tous les cinéastes, je ne vois que les erreurs, donc la réception positive du premier film nous a encouragés à continuer. Ce qui m’a donné de l’énergie, c’est de revisiter cet univers si singulier et d’avoir une deuxième chance de pouvoir faire mieux”, indique Denis Villeneuve au sujet de Dune : Deuxième Partie lors de la conférence de presse parisienne. Voilà un pari relevé avec ces 2 heures et 45 minutes de plaisir visuel, qui jouent la carte de l'action (où les scènes de combat spectaculaires sont bien plus nombreuses que dans le précédent film) et de la montée d'adrénaline. En résulte une fresque complexe mais captivante, à l'image de l'œuvre de Villeneuve.





